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Un changement dans la cuisine

Un changement dans la cuisine - Valérie Perez

Dans ma cuisine, j’ai tout organisé pour avoir à portée de main, les ustensiles, les plats, les casseroles. Le rangement, c’est mon truc. Les épices sont sur l’étagère, alignées avec régularité et classées par ordre alphabétique. Mes plats pour le four sont en ordre, du plus grand au plus petit, bien encastrés les uns dans les autres. Des casseroles, des moules à cannelés, une écumoire, une louche, en cuivre sont suspendus au mur, ils brillent comme s’ils étaient neufs. Devant ma fenêtre, un auvent rétractable protège la terrasse. Ma cuisine est charmante, j’adore cet endroit où je passe une grande partie de mon temps. Elle est à mon image, propre, ordonnée, et accueillante.

De temps en temps, mon mari se met à cuisiner. À cette époque, c’était un cauchemar pour moi. Tout se retrouvait sens dessus dessous, mon beau rangement était à refaire à chaque fois. Je ne voulais pas l’empêcher de préparer ses délicieuses pâtes à la bolognaise, ou le veau marengo qu’il réussit en virtuose. Cependant, je cherchais un moyen pour qu’il comprenne à quel point j’étais désespérée de l’état de mon havre de paix après une de ses créations culinaires. Bon, lui, il a aussi ses petites manies. Le rangement de ses outils de mécanique est aussi ordonné que le mien pour la cuisine. Je sentais que je pouvais trouver une solution pour marquer mon mécontentement de ce côté-là.

Après une journée de longues réflexions, une idée me vint. Mon mari a le sommeil lourd, et il s’endort presque à coup sûr devant la télé chaque soir vers onze heures. J’attendis que ses ronflements soient bien sonores. Je savais que j’avais peu de temps devant moi, car immanquablement, il s’éveillait une heure après et il allait se coucher dans notre lit conjugal. J’allais subrepticement dans le garage, je pris tous ses outils que je mettais en vrac dans une caisse en plastique. Je la posais sur un diable, je ne m’étais pas aperçue à quel point elle était lourde. Je traînais la caisse dehors, le bruit de roulettes sur le revêtement extérieur me semblait se répercuter partout dans le quartier. J’arrivais dans la cuisine et je sortis tout des placards. Je regardais mon si beau rangement défait, mais je savais que c’était pour la bonne cause. J’allais au bout de mon inspiration, puis j’entendais mon mari se réveiller.

Le lendemain matin, je le laissais se lever plus tôt que moi. Il partit devant et je le suivais avec discrétion. Pour rien au monde, je n’aurais manqué son arrivée dans la cuisine. Je l’entendis crier un « Oh ! » de surprise, puis rire à gorge déployée. J’avais interverti les ustensiles : on ne trouvait plus dans la cuisine que ses outils pour la mécanique et les casseroles étaient au garage. De ce jour, il fit attention et cette petite blague reste un de nos meilleurs souvenirs.

 

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Passionnée de la nature, des animaux et des relations vraies, on me dit intense, directe et authentique. C’est vrai que j’ai toujours une opinion sur tout et que je ne me gêne pas pour les exprimer ! Qui m’aime me suive … sur mon blog.